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Finance

Prêts participatifs : Bercy casse sa tirelire pour attirer les investisseurs



Publié le 20 nov. 2020 à 17:30

C’est la dernière ligne droite. Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire devait s’entretenir vendredi avec la commissaire européenne en charge de la concurrence Margrethe Vestager afin d’obtenir le feu vert de Bruxelles sur le dispositif de prêts participatifs prévus dans le cadre du plan de relance.

« La vice-présidente Vestager rencontrera virtuellement aujourd’hui le ministre Le Maire et la ministre [de la Transition écologique, Barbara] Pompili », a indiqué une porte-parole de la Commission. « Je négocie des taux qui doivent être les plus attractifs possible pour qu’il y ait une vraie incitation pour les entreprises à se doter de ces quasi-fonds propres avec des prêts participatifs », avait déclaré Bruno Le Maire avant cette rencontre.

Conçus avec l’aide des banques, qui les distribueront à des investisseurs, ces prêts d’une maturité de 7 à 8 ans ne sont pas assimilés à de la dette d’un point de vue de l’analyse financière. Ils offrent donc la possibilité à l’entreprise de continuer à emprunter sans devoir ouvrir son capital à un actionnaire externe.

Les négociations avec Bruxelles

L’accord de l’Union européenne est indispensable : le mécanisme ne doit pas être considéré comme une aide d’Etat, auquel cas il pourrait être retoqué. « Il reste très peu de points ouverts dans notre discussion avec Bruxelles », assure-t-on du côté de Bercy, où l’on se montre très confiant sur l’issue des négociations.

Le dispositif, qui doit être opérationnel en début d’année prochaine, a d’ores et déjà été inscrit dans le projet de loi de finances 2021 , adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 17 novembre. Il prévoit, pour l’instant, un volume de prêts pouvant aller jusqu’à 20 milliards d’euros – mais qui pourra augmenter si besoin.

« Ce sera autant de prêts participatifs que la demande des entreprises sera nécessaire, a insisté Bruno Le Maire mardi. S’il faut 30 milliards parce les entreprises ont besoin de 30 milliards d’euros de fonds propres, il y aura la garantie de l’état en face de ces 30 milliards. »

Jusqu’à 35 % des fonds garantis

Une générosité qui a un prix. Car la garantie de l’Etat s’élèvera à 35 % maximum du montant de ces fonds. En clair, sur 20 milliards d’euros de prêts participatifs, l’Etat est prêt à prendre à sa charge jusqu’à 7 milliards d’euros de perte. C’est seulement au-delà de cette somme que les investisseurs perdent leur argent.

Ce niveau de garantie représente plus du double de celui envisagé initialement. En septembre, Bercy tablait sur une garantie partielle d’environ 2 milliards pour un montant de prêts participatifs compris entre 10 et 20 milliards d’euros. Les banques évoquaient une garantie portant sur 15 à 20 % des premières pertes…

« L’objectif est de suffisamment couvrir le risque de perte en capital pour que les investisseurs n’aient pas peur de se lancer. La garantie permet en quelque sorte d’offrir une note de crédit AAA à des PME qui ne pourraient pas l’obtenir, illustre une source proche des discussions. Pour un investisseur, le risque est comparable à l’achat d’une obligation de grande entreprise ».

Financer une nouvelle usine

Le gouvernement espère ainsi attirer le plus d’investisseurs possible, notamment des assureurs et des fonds. La rémunération, qui reste encore à définir, devrait tourner autour de 5 %. A cela doit s’ajouter le prix de la garantie de l’Etat, encore en négociation avec Bruxelles.

Les besoins sont en tout cas réels. A Lyon, la chaîne de bars-restaurants Ninkasi compte sur ce dispositif pour continuer à se développer. Touchée par la crise sanitaire , elle a vu ses fonds propres divisés par deux à cause des pertes liées aux fermetures de sites. Dans le même temps, sa dette a augmenté alors qu’elle a contracté un prêt garanti par l’Etat (PGE) de trois millions d’euros.

« Les prêts participatifs peuvent nous permettre de résoudre notre problème de fonds propres. C’est essentiel si on veut continuer à trouver des financements à l’avenir, notamment auprès des banques », explique Christophe Fargier, le fondateur et actionnaire majoritaire de Ninkasi.

Garder son indépendance

Le dispositif imaginé par l’Etat ne prévoit pas de participation au capital, même en cas de problème avec l’emprunteur. « Les entreprises concernées n’ont pas envie d’ouvrir leur capital, et surtout pas pour voir débarquer l’Etat en potentiel actionnaire », assure un bon connaisseur du mécanisme.

Chez Ninkasi, il n’est en effet pas question pour les actionnaires de voir le capital dilué. « Nous voulons conserver notre indépendance pour continuer à mener nos projets d’expansion », confie Christophe Fargier. Le groupe garde l’ambition d’ouvrir ses premiers établissements hors de la région Auvergne-Rhône-Alpes et de construire une nouvelle usine de brasserie.

Une arme anti-crise

Le mécanisme des prêts participatifs n’est pas nouveau. Ces instruments financiers, assimilés à des quasi fonds propres, ont été créés à la fin des années 70 pour soutenir la sidérurgie française.

Beaucoup utilisés dans les années 80, ils ont été remis au goût du jour lors de la crise financière, pour venir en aide aux constructeurs automobiles.

Ils trouvent à nouveau leur utilité avec la crise sanitaire et le ralentissement de l’activité qui ont entamé les fonds propres d’entreprises pourtant viables économiquement.

Subordonnés à toutes les autres dettes, ces prêts qui permettent d’améliorer la structure financière de l’entreprise sont les derniers à être remboursés, en cas de difficultés.



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