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Economie

Relocaliser la production à l’heure de la crise : elles le font !


Article écrit dans le cadre de l’opération «La France des solutions» orchestrée par l’ONG Reporter d’Espoirs

«Il y a des biens et des services qui doivent être placés en dehors du marché (…) nous devons en reprendre le contrôle, construire plus encore que nous ne le faisons déjà, une France, une Europe souveraine », avait déclaré Emmanuel Macron au début du confinement. Pour reconquérir cette souveraineté, l’État a décidé de soutenir les entreprises qui (ré)implantent leur production en France. Le gouvernement y consacre ainsi un milliard d’euros d’aides directes (sur les 100 milliards mobilisés par le plan de relance). Des entreprises n’ont pas attendu ce coup de pouce pour passer à l’acte. La pandémie a conforté et même accéléré leurs décisions.

Le Coq sportif a « scellé de nouveaux partenariats pendant la pandémie »

C’est le cas du Coq sportif. « Les mesures incitatives de l’État sont une bonne chose mais elles ne peuvent déclencher un mouvement de relocalisation. Cette stratégie doit s’inscrire sur le long terme. Pour notre part, nous l’avons enclenché depuis dix ans », explique David Pécard, directeur textile du groupe. Cette présence dans l’Hexagone permet à la marque de s’adapter plus facilement à la demande, un moyen de limiter le gaspillage de produits et le stockage inutile. La Covid a ainsi encouragé la démarche du Coq Sportif, qui a déjà relocalisé ses activités teinture et tricotage au pays. « Nous nous sommes lancés dans la fabrication de masques pendant la pandémie. Nous avons ainsi scellé des partenariats avec des ateliers basés dans l’Aube pour en produire davantage. Aujourd’hui, nous souhaitons pérenniser ces accords et même diversifier l’activité confiée à nos nouveaux partenaires tricolores », détaille le responsable. La pandémie a ainsi permis au groupe d’initier de nouveaux procédés pour produire davantage en France.

La crise sanitaire a même été une opportunité pour le groupe. « Dans la perspective des Jeux Olympiques de 2024, nous avons ainsi pu former des gens et les faire monter en compétences», précise David Pécard. L’une des difficultés de fabriquer en France est de recruter des salariés formés, en particulier dans le domaine du textile. «Le savoir-faire a disparu et les jeunes se détournent des métiers manuels qui pâtissent d’une image négative. Nous formons donc des apprentis, tout l’enjeu est aussi de les maintenir dans l’entreprise», explique le responsable.

Toutefois, pour la confection de ses vêtements, le groupe dispose également d’ateliers au Maroc «où le coût de la main-d’œuvre est cinq fois moins cher. Il faut pouvoir proposer un produit avec un prix acceptable, nous ne pouvons pas confectionner tous les vêtements intégralement en France, cela coûterait trop cher», explique David Pécard.

Harry’s a « tenu à investir en cette période de turbulences »

Dans le secteur agroalimentaire, autre secteur clé de l’économie Française, la marque Harry’s, propriété du groupe familial Barilla, a décidé d’investir en France au sortir du confinement. Alors que le confinement a démultiplié les ventes de pain de mie et de brioches Harry’s, la maison mère a annoncé un investissement de 33 millions d’euros pour renforcer sa présence en France dans la viennoiserie. Concrètement, le groupe va créer une nouvelle ligne de production sur la zone d’activités de la Malterie, qui lui permet d’approvisionner presque toutes les grandes surfaces du pays en une journée. Le spécialiste des brioches et pains de mie préemballés va également agrandir de 2000 m2 son premier site de production basé à Châteauroux. Le groupe prévoit en outre de transformer une ligne de production de viennoiserie au bio. « Pour la petite histoire, on se bagarre depuis un an pour obtenir la validation de ces investissements. Or la réunion de validation de ces projets a eu lieu en plein confinement. Je n’étais donc pas très confiant mais le board a validé et a tenu à investir en cette période de turbulences«, souligne Miloud Benaouda, responsable de Barilla Europe. «Cet investissement est un signal positif envoyé à nos salariés très mobilisés pendant toute la période, à nos partenaires, aux distributeurs et aux agriculteurs«, estime le dirigeant qui s’approvisionne à 100% en blé français. «La crise sanitaire conforte nos choix d’implantation de nos sites industriels au plus près de nos filières agricoles. Elle nous incite à vouloir aller encore plus vite et plus loin », ajoute le responsable.

Lunii décide de « rapatrier toute sa production »

Autre exemple: celui de la Fabrique à histoires de la start-up Lunii qui a fait le choix de relocaliser sa production en France. «Nous avons créé Lunii en 2014 et dès le départ nous souhaitions produire en France mais la réalité nous a rattrapés et nous sommes donc allés en Chine. Mais nous nous étions promis de rapatrier la production sur le territoire dès que possible», avance Igor Krinbarg, cofondateur de Lunii. La start-up a tenu sa promesse. Le groupe qui conçoit des objets qui racontent des histoires aux enfants a relocalisé la fabrication de ses boîtiers en juillet dernier. «Le confinement nous a contraints à décaler notre projet puisqu’on devait lancer la production en mars, on a finalement commencé en juillet». Mais la période a donné encore plus de sens à leur décision. «Dans le contexte d’incertitude actuel, il est beaucoup plus facile de produire en France. Toutes les décisions sont simplifiées. Nous pouvons rapidement nous rendre sur place. Pour nous, produire en France est indéniablement un atout stratégique en plus d’être un choix qui répond à nos valeurs», explique Igor Krinbarg.

«Les coûts de production sont un peu plus élevés», confesse toutefois le dirigeant. «Mais ce n’est pas prohibitif: on perd un peu de marge mais cela ne nous a pas empêchés de maintenir le prix pour le consommateur». Si le coût de la main-d’œuvre est indéniablement plus élevé en France qu’en Chine, Lunii réalise des gains de coûts sur le transport et sur la fiabilité du produit. Par ailleurs, pour s’y retrouver, l’usine de fabrication basée à Bayonne n’a pas les mêmes techniques de production qu’en Chine. «La conception est plus automatisée. Nous sommes passés d’une soixantaine d’opérateurs en Chine à trois équipes de 5 personnes en France», précise le cofondateur.

La start-up reconnaît que ce choix a pris du temps à se concrétiser. Après six ans d’existence et un chiffre d’affaires compris entre 16 et 19 millions d’euros cette année, leur promesse de départ a pu être tenue, non sans difficultés. «On a trouvé une seule usine en France en mesure de concevoir notre boîtier électronique à un coût raisonnable». Les associés ont tenu à mener à bien ce projet aussi pour l’exemple. «On voulait montrer que c’est possible de produire en France, que l’on possède le savoir-faire», lance Igor Krinbarg. Ce dernier veut ainsi montrer la voie à d’autres groupes aussi pour «éviter de perdre tous nos talents. Le risque serait que l’on ne soit plus capable de produire en France», ajoute l’entrepreneur. Il promet que «les prochains projets seront made in France».

À long terme, ces stratégies d’entreprises pourraient créer de nombreux emplois. « Il y a beaucoup d’achats qui se font hors d’Europe où il y a des enjeux de localisation ou de relocalisation », indique Isabelle Carradine, associée du cabinet d’audit PwC France et coauteure d’une étude sur les relocalisations. Le cabinet a identifié quatre secteurs – la santé et pharmacie, l’agroalimentaire, l’électronique et les industries de process et d’assemblage – où des relocalisations seraient possibles car la France pourrait rester compétitive et productive. Un rapatriement sur le territoire national de ces activités représenterait 115 milliards d’euros, selon l’étude. « Si on parvenait à relocaliser 20 % seulement de ces 115 milliards, cela créerait 80.000 emplois directs et 220 000 emplois indirects », précise la spécialiste. Or « le contexte actuel est propice à ces mouvements, les entreprises le demandent », souligne Isabelle Carradine.

Il faut dire que ce mouvement est encouragé par les Français, encore plus sensibles à la provenance de leurs achats depuis la crise due au Covid-19. Ainsi, 81 % des consommateurs seraient prêts à acheter moins en quantité pour s’offrir des produits fabriqués dans l’Hexagone, selon une étude d’OpinionWay pour l’agence Insign. En dépit de la crise économique et sanitaire, les conditions pourraient aussi être réunies pour engager un vaste mouvement de relocalisation. Dans un contexte moribond où les plans sociaux se multiplient, ces entreprises qui relocalisent pourraient ainsi servir de modèle.



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