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Finance

Robinhood, l’application derrière l’effervescence des boursicoteurs aux Etats-Unis



Les dirigeants de Fangdd, une plateforme immobilière chinoise, se sont réveillés avec une surprise mardi 9 juin : le cours de leur entreprise avait grimpé de 395 % dans la nuit. L’explication avancée par plusieurs analystes ? Des investisseurs novices ont lu qu’il fallait investir dans les ‘Faang'(Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google). Sur Robinhood, 15.000 personnes ont tapé l’acronyme dans la barre de recherche et acheté les actions de la société au nom proche. 

Du loueur de véhicules en faillite Hertz à un fonds indiciel (ETF) composé de compagnies aériennes en difficulté, les bonds surprenants se sont multipliés ces dernières semaines et relancé les débats sur le rôle controversé de cette application de boursicotage pour les particuliers de plus en plus populaire aux Etats-Unis . Sans commission sur le passage d’ordres sur les actions, options et ETF, et sans montant minimum pour ouvrir un compte, Robinhood séduit de plus en plus de millenials peu enclins jusqu’ici à se tourner vers Wall Street. 

Début mai, la start-up californienne a indiqué avoir gagné 3 millions d’utilisateurs depuis janvier, portant le total à plus de 13 millions. La moitié des nouveaux inscrits n’avait jamais investi en Bourse.  «Les Américains qui n’ont pas perdu leur emploi se sont tournés vers Robinhood pour y placer leur épargne du confinement, vu qu’ils ont peu dépensé pendant cette période. La plateforme a aussi profité de la hausse du temps libre», note un bon connaisseur de la société. L’application a notamment séduit les parieurs sportifs, qui ont tenté de substituer l’adrénaline des compétitions par celui des cours de Bourse. 

Vague de consolidations

L’application a été lancée en 2015 par Baiju Bhatt et Vlad Tenev, deux étudiants en mathématiques qui se sont rencontrés à Stanford. Après avoir créé des logiciels de trading pour les hedge funds, les deux trentenaires décident de s’attaquer à la «démocratisation» de l’accès au marchés financiers, qu’ils estiment alors «réservé aux riches». Le succès de la formule, qui comprend aussi des investissements dans les cryptomonnaies depuis 2018, a forcé la majorité des courtiers américains à supprimer leurs commissions à l’automne et entraîné une vague de consolidations. Après le rachat de TD Ameritrade par Charles Schwab pour 26 milliards de dollars en novembre, Morgan Stanley a mis la main sur E-Trade en février pour 13 milliards de dollars. 

Pour accélérer son développement, Robinhood, qui avait déjà levé plus de 900 millions de dollars auprès de fonds comme Andreessen Horowitz et Capital G, a récolté 280 millions de dollars supplémentaires en mai, faisant monter sa valorisation à 8,3 milliards de dollars. La société, qui n’est pas encore rentable, se rémunère via la revente du droit de traitement des flux d’ordres à des firmes de trading, les intérêts perçus sur les liquidités des clients non utilisées pour spéculer, et un abonnement qui permet d’emprunter des dizaines de milliers de dollars pour miser des sommes plus conséquentes en Bourse.

Spéculation

Certains lient le récent rebond de Wall Street à cet afflux d’investisseurs particuliers moins regardant des fondamentaux économiques des entreprises que les professionnels. Les boursicoteurs suivent les conseils de personnalités controversées, comme Dave Portnoy. Le président du site de paris sportifs Barstool Sports, qui compte 1,5 million d’abonnés sur Twitter, s’est réinventé pendant le confinement en «live streamer» de ses investissements, pas toujours fructueux, en Bourse. 

Il y a un débat sur l’impact sur le cours des actions et certaines grandes banques d’investissement [comme Barclays, NDLR] suggèrent qu’il est faible, voire nul. Mais c’est clair qu’au niveau des ETF, les utilisateurs de Robinhood essayent de jouer des deux côtés du marché, pas seulement de faire monter le cours des valeurs en faillite au plus haut. Quand les cours plongent, ils se précipitent sur les fonds qui parient sur un déclin‘, note Jason Goepfert, fondateur de Sundial Capital Research, qui estime que «même en 2000, il n’y avait pas ce niveau d’activité spéculative». Eric Balchunas, analyste ETF chez Bloomberg Intelligence, tempère: «Les boursicoteurs de Robinhood ne représentent qu’1 % du volume des titres», souligne-t-il sur Twitter.



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