Image default
Finance

Scandale Hin Leong : une aubaine pour les gros négociants de matières premières



Un nouveau scandale à Singapour vient de secouer encore un peu plus le monde des matières premières déjà malmené par l’extrême volatilité des cours. Les locaux de ZenRock ont été perquisitionnés par la police mi-mai. HSBC, l’un de ses principaux financeurs le soupçonne le négociant en pétrole d’avoir réalisé des transactions « malhonnêtes ».

Cette affaire s’ajoute à la longue liste des scandales et banqueroutes qui ont éclaboussé la cité-Etat ces derniers mois. Noble en 2018, Coastal en 2019, Agritrade début 2020 et surtout la retentissante faillite de Hin Leong en avril. Etranglé par l’effondrement des prix du brut, ce trader de pétrole a caché des pertes de 800 millions de dollars et laissé derrière lui une ardoise de près de 4 milliards de dollars aux banques.

Tensions anticipées

Singapour craint pour sa réputation de principale place de négoce au monde ; échaudées, les banques commencent à réduire la voilure . Société Générale, exposée à hauteur de 240 millions dans le dossier Hin Leong, a décidé de couper les vannes du crédit aux traders pétroliers en Asie, rapporte Bloomberg. Et faute de trouver le soutien d’établissements bancaires, rouage vital du commerce, les négociants redoutent de ne plus pouvoir poursuivre leurs activités.

Ce contexte délicat est toutefois une opportunité pour les grandes maisons de négoce. D’abord parce qu’elles ont les reins assez solides pour tenir dans la durée dans un environnement de volatilité extrême qui peut même arranger leurs affaires. Trafigura a par exemple pu anticiper les tensions sur le marché pétrolier et profiter du plongeon historique . « Début mars, nous avons réservé des capacités de stockage avec les meilleures localisations possibles et les bonnes options pour pouvoir étendre le stockage », explique aux « Echos » Christophe Salmon, directeur financier du trader. Ils ont ainsi pu acheter « marginalement » des barils à prix négatif et verrouiller des profits juteux en allant sur les marchés à terme.

Consolidation en vue

Ensuite, les plus importants traders, Mercuria, Vitol, Trafigura ou Glencore, vont pouvoir gagner des parts de marché au fil des banqueroutes. « Cela va accélérer la consolidation des acteurs » prophétise Christophe Salmon. Certains d’entre eux ont d’ailleurs d’ores et déjà obtenu une licence pour le soutage, activité traditionnellement réservée aux sociétés locales.

Enfin, cette consolidation sera d’autant plus importante que les banques vont naturellement se tourner vers les grandes maisons pour limiter les risques. Et les autorités n’auront pas d’autres choix que de soutenir cette stratégie : « Pour rester un hub clef de matières premières, Singapour doit, au-delà d’offrir un environnement fiscal favorable, tout faire pour que l’industrie bancaire reste dynamique », prévient Jean-François Lambert, consultant et ancien banquier spécialisé en trade finance.

Renforcer la transparence

La solution n’est pas du côté de la régulation : « la supervision réglementaire à Singapour n’est ni plus mauvaise ni plus complaisante que dans les autres hubs financiers », estime-t-il. Le commerce de matières premières est en revanche très compliqué à comprendre et à surveiller quand on se situe à l’extérieur de la société. Les établissements vont donc mettre l’accent sur quatre points avant de s’engager avec les sociétés de trading, explique encore Christophe Salmon : le modèle économique, de préférence diversifié et global, la gouvernance qui doit être solide avec des contre-pouvoirs, la gestion du risque et la transparence. Là aussi, les principaux acteurs sont les mieux armés pour gagner la confiance des banquiers.

A plus long terme, les scandales vont également donner un coup de fouet au développement de plateformes de trading de type blockchain pour réduire le risque de fraude, juge le dirigeant de Trafigura. « La digitalisation rend possible un certain niveau de contrôle, notamment dans la gestion des garanties apportées aux banques, abonde Jean-François Lambert. Mais pour acheter, transformer et vendre des matières premières physiques, il faudra toujours construire des stratégies de couverture sophistiquées sur les marchés à terme ».



Source link

Autres articles

Fusions acquisitions: les prix s’effondrent en Europe

administrateur

Banques : des milliers d’embauches en moins à cause de la crise

administrateur

A mille lieues de l’économie réelle, la Bourse signe son meilleur mois d’avril depuis longtemps

administrateur

Le pétrole s’offre une nouvelle journée cauchemardesque

administrateur

En Allemagne, un moratoire sur les crédits à la consommation jusque fin juin

administrateur

Complémentaires santé : les associations dénoncent le manque de clarté des contrats

administrateur