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Economie

sceptiques sur la levée des brevets, l’UE exhorte les États-Unis à exporter leurs vaccins


Les Européens se disent prêts à étudier la proposition américaine mais jugent que cette option ne résoudra pas les difficultés immédiates.

«Vous souhaitez lever les brevets sur les vaccins anti-covid afin d’augmenter la production mondiale ? Nous sommes prêts à étudier la proposition que vous ferez. Mais commencez par exporter vos vaccins !» Tel est en substance le message ferme qu’a adressé samedi l’UE à Washington, alors que les Vingt-Sept sont réunis pour deux jours à Porto. Une position plus nette et plus unifiée que celles qu’avaient eues les capitales jeudi, alors qu’elles avaient été prises de court par le revirement de l’administration Biden sur la levée des brevets. Washington avait prévenu Bruxelles juste avant de faire son annonce.

S’ils restent très sceptiques sur l’efficacité à court terme d’une levée des brevets, il n’est pas question pour les Européens de balayer la proposition américaine et de laisser Joe Biden s’arroger le beau rôle. «Les Américains nous ont piégés. Ils veulent apparaître comme les leaders du monde libre», lâche un diplomate. Lors de leur dîner de vendredi soir, les Vingt-Sept ont donc fait le choix de se montrer ouverts à la proposition de Washington. «Nous pensons qu’on doit être prêt à débattre de ce sujet-là dès lors que des propositions concrètes seraient mises sur la table», a déclaré samedi matin le président du Conseil européen, Charles Michel, tout en affirmant que la levée des brevets n’était pas considérée par les Vingt-Sept comme «une solution magique».

Qui profitera de la levée des brevets ? La Chine en premier !

Angela Merkel

La formule du président du Conseil européen résume parfaitement les positions des Vingt-Sept. Car, durant le dîner de vendredi, les avis ont été parfois très divergents sur cette question de propriété intellectuelle. L’Espagnol Pedro Sanchez, le Grec Kyriakos Mitsotakis et dans une moindre mesure l’Italien Mario Draghi se sont dits ouverts à la levée des brevets. «L’Espagne songe à ses intérêts en Amérique du Sud. Et je crois que Sanchez doit s’y rendre bientôt», analyse un diplomate européen. À l’inverse, Angela Merkel est restée très fermée sur cette question. «La protection de la propriété intellectuelle est la source de l’innovation et doit continuer à l’avenir à le rester», affirmait dès jeudi un porte-parole du gouvernement allemand. Pour Berlin, il s’agit bien sûr de protéger sa pépite BioNTech, la start-up qui a mis au point le vaccin ARN Messager produit par Pfizer. La chancelière a multiplié les mises en garde lors du dîner des Vingt-Sept. Notamment sur la Chine. «L’ARN Messager est une nouvelle technologie. La Chine pourrait donc l’obtenir gratuitement», a-t-elle martelé. «Qui profitera de la levée des brevets ? La Chine en premier», a-t-elle encore répété. Son autre mise en garde a porté sur la qualité des vaccins. «Si on donne les brevets et que les vaccins sont produits dans le monde entier, nous serons responsables de leur qualité», a-t-elle souligné. Emmanuel Macron est favorable à «une levée circonscrite», sur le modèle des traitements contre le SIDA. Mais, à ses yeux, l’urgence n’est pas là. Il faut «plus de production, plus d’exportation, plus de transferts de technologie», a martelé le Président.

Les Européens ne prennent pas grand risque à se montrer ouverts. Tout le monde a à l’esprit que de telles négociations, particulièrement complexes, demanderont des mois pour aboutir éventuellement à l’OMC. Pour les conduire, la Commission aura, de son côté, besoin d’un mandat clair des Vingt-Sept, adopté à la majorité qualifiée par les États membres. «Sur une telle question, je pense qu’on veillera à ce qu’il y ait une unanimité», précise un diplomate. D’ici là, la production de vaccins aura fortement augmenté dans le monde.

Critiquée pour sa gestion des vaccins, l’UE prend sa revanche

Quoi qu’il en soit, le «coup de com» des Américains est aussi une aubaine pour les Européens. Très critiquée pour les difficultés rencontrées au début de la campagne vaccinale, l’Europe n’a pas à rougir de la solidarité – naïveté, diront certains – dont elle a fait preuve depuis le début de la crise du Covid. Selon Ursula von der Leyen, l’UE a exporté 200 millions de doses vers 90 pays, soit à peu près autant que les quantités livrées aux États membres. La proposition américaine donne donc à l’UE une formidable occasion de le faire savoir au monde entier. Et de faire la leçon à Washington qui, en dépit de l’arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche fin janvier, n’a toujours pas levé les interdictions d’exportation de vaccins. Emmanuel Macron a donné le «la» dès son arrivée à Porto. «Pour que le vaccin circule, les ingrédients et les vaccins eux-mêmes ne peuvent pas être bloqués. Aujourd’hui, les Anglo-Saxons bloquent nombre de ces ingrédients et vaccins», a-t-il déclaré, sans craindre donc de cibler les États-Unis et le Royaume-Uni. Le président a enfoncé le clou samedi. «J’appelle très clairement les États-Unis à mettre fin aux interdictions à l’export, non seulement de vaccins mais de composants de ces vaccins qui empêchent la production. La clé pour produire plus vite des vaccins pour les pays pauvres et les pays intermédiaires, c’est de produire plus et de lever les interdictions à l’export», a-t-il insisté. «L’Union européenne est la seule région continentale ou démocratique de ce monde qui exporte à grande échelle», a répété la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en invitant également «tous ceux qui s’engagent dans le débat sur une renonciation aux droits de propriété intellectuelle (…) à être prêts à exporter une grande partie de ce qui est produit dans leur région».

À entendre Clément Beaune, le secrétaire d’État aux Affaires européennes, la solidarité dont a fait preuve l’UE ira crescendo dans les prochains mois, à mesure que les vaccins arriveront. «Si l’UE a d’ores et déjà commandé 2,6 milliards de doses, c’est pour en fournir à des pays tiers. Ce n’est pas seulement une question de morale ou de solidarité. Il faut vacciner dans le monde entier pour éviter que certains pays ne deviennent des usines à variants», explique-t-il. La Commission a d’ailleurs annoncé samedi la signature d’un nouveau contrat avec BioNTech-Pfizer pour la fourniture entre 2021 et 2023 de 1,8 milliard de doses supplémentaires, dont 900 millions en option. Ces vaccins seront adaptés aux nouveaux variants et permettront par ailleurs de vacciner les enfants et les adolescents.



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