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Finance

Semaine record pour le marché européen du carbone



Publié le 24 avr. 2021 à 8:19

Au cours d’une semaine riche en annonces sur la lutte contre le réchauffement climatique, les prix du carbone ont enchaîné les records. Le prix de la tonne sur le marché européen des quotas d’émissions de CO2 a dépassé pour la première fois de son histoire les 47 euros jeudi, soit une hausse de plus de 40 % depuis le début de l’année. Il avait déjà passé la barre symbolique des 45 euros mercredi, peu après la confirmation des nouveaux objectifs climatiques de l’Union européenne visant à réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030.

En effet, ce marché des « droits à polluer » est l’un des principaux outils de la politique européenne de diminution des émissions. C’est là que les industriels (production d’électricité, sidérurgie, cimenterie ou encore une partie de la chimie) et les entreprises du transport aérien doivent acheter aux enchères des quotas de CO2 pour compenser leurs propres émissions. Une partie de ces quotas est cependant allouée gratuitement pour éviter les délocalisations dans certains secteurs particulièrement soumis à la concurrence étrangère, comme la sidérurgie.

Vers une réduction du nombre de quotas disponibles

Afin d’inciter les entreprises à moins polluer, Bruxelles réduit régulièrement le plafond de quotas disponibles. Or le nouvel objectif de réduction de 55 % des émissions va accélérer cette diminution des quotas. Et, dans le même temps de nouveaux secteurs comme le bâtiment et les transports vont bientôt intégrer le marché. C’est ce qu’a confirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen lors du sommet sur le climat, jeudi . Ajoutée à un hiver froid, à la remontée des prix de l’énergie et au redémarrage de l’économie mondiale, l’anticipation de tous ces changements ne peut qu’alimenter la hausse.

L’accélération de ces dernières semaines pourrait aussi être liée à un rush de dernière minute. Chaque année, les entreprises doivent présenter le résultat de leurs émissions pour l’année passée puis justifier des quotas qu’elles ont achetés pour les compenser. La date limite pour la présentation de ces quotas étant fixée au 30 avril prochain, les entreprises qui ne l’ont pas anticipé doivent impérativement boucler leurs achats de toute urgence.

Une forte spéculation

D’autant que, cette année, elles ne peuvent pas utiliser les quotas de 2021 pour justifier leurs émissions de 2020. Alors que certains industriels avaient pris l’habitude d’attendre de recevoir leurs quotas gratuits de l’année en cours pour justifier une partie de leurs émissions de l’année précédente, ils n’ont pas d’autre choix cette année que d’acheter les quotas manquants. Les prix ayant flambé très rapidement, certains industriels sont également tentés d’acheter davantage pour se protéger d’une hausse encore plus forte dans les années à venir.

Les industriels ne sont pas les seuls à anticiper une hausse des cours. Certains analystes ont déjà prévu des prix dépassant les 100 euros la tonne en 2030, et l’industrie financière y voit un investissement à la fois très vert – puisqu’il incite les entreprises à moins polluer – et très lucratif. Le hedge fund Northlander Commodity Advisors vient de lancer un nouveau fonds pariant exclusivement sur la hausse des quotas carbone. Il cherche à lever 100 millions de dollars cette année, et affiche un objectif de 500 millions d’ici à deux ans. Autre signe de l’appétit spéculatif, le Krane Funds Advisors Global Carbon ETF, le plus grand fonds indiciel coté aux Etats-Unis sur les marchés du carbone, a bondi de près de 10 millions de dollars en une seule journée mardi. Il pèse aujourd’hui 142 millions de dollars, alors qu’il dépassait à peine les 3 millions il y a sept mois.

Cette spéculation financière n’est pas complètement négative, car elle procure une certaine liquidité au marché. Les analystes ont par ailleurs remarqué que les fonds spéculatifs avaient considérablement augmenté leurs positions à long terme. Mais elle tend à rendre le marché extrêmement volatil. Et ces hausses soudaines de prix font grincer des dents dans certains pays qui dépendent encore largement des énergies fossiles, fortement émettrices de carbone. La Pologne a déjà demandé aux autorités européennes d’agir pour mieux encadrer les pratiques des investisseurs. D’autres pays pourraient être tentés de lui emboîter le pas.



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