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Finance

« Si les taux d’intérêt réels sont négatifs, c’est le jackpot pour l’or »



Publié le 26 juil. 2020 à 10h54

L’or a gagné 29 % depuis son plus bas en mars dernier. Il a joué à plein son rôle de valeur refuge ? 

Non, l’or n’a pas ce statut de valeur refuge que beaucoup lui prêtent. Quand les bourses chutent, l’or baisse aussi. La preuve en est : entre les plus hauts niveaux des marchés actions de la mi-février 2020 et le creux observé le 16 mars 2020, l’or a perdu 12 % ; le S & P 500, 35 %. C’était pareil en 2008. L’or, cette année-là, avait baissé de 30 % en quelques mois. C’est en fait le dollar qui joue le rôle de valeur refuge. Quand tout va mal, les investisseurs achètent des obligations d’Etat, et plus particulièrement des bons du Trésor américain. Or, pour cela, il leur faut acheter des dollars.

Pourquoi une telle envolée des prix de l’or alors depuis le 19 mars 2020 ? 

Les investisseurs ne se ruent pas vers l’or parce qu’ils craignent la fin du monde. L’or est lié avant tout aux niveaux des taux d’intérêt réels. Si ces derniers sont négatifs, c’est le jackpot pour l’or – ce qui est le cas partout sauf en Suisse et au Japon. Et si le dollar baisse, c’est encore mieux. 

Avant l’apparition du coronavirus, déjà, la situation économique aux Etats-Unis était de nature à soutenir les prix de l’or. En 2016, au moment de l’élection de Donald Trump, la Fed, sous la présidence de Janet Yellen, s’inquiétait de son programme de relance fiscale qui venait créer un déficit de 1.000 milliards de dollars. En Europe, la situation était différente. L’Europe se devait d’être disciplinée, son objectif était avant tout de réduire sa dette. Elle n’avait pas non plus intérêt à relever ses taux. 

Et depuis la pandémie ? 

L’épidémie a exacerbé la situation. Ce virus a obligé tous les Etats à s’endetter massivement et à annoncer des déficits records. Les Etats-Unis ont pour l’instant mis en route un plan d’aide de 3.500 milliards de dollars ; les 27 pays de l’Union européenne se sont accordés sur une dette commune de 750 milliards d’euros. Une somme record. Aucun pays ne peut se permettre de relever les taux, et ce, même s’il y a de l’inflation. Jerome Powell a dit que les taux ne seraient pas relevés d’ici la fin 2021. Par ailleurs, plus les Etats-Unis seront endettés, et moins la devise américaine aura de la valeur. 

L’or pourrait continuer à grimper ? 

C’est fort probable. Les encours des ETF adossés à l’or sont au plus haut, mais pas les positions spéculatives longues sur l’or physique (en l’occurrence les contrats de futures). Le 14 juillet, elles s’établissaient à 33 millions d’onces contre un plus haut, en février 2020, de 40.8 millions d’onces et de 39 millions d’onces, le 5 juillet 2016. Par ailleurs, les particuliers n’ont pas encore participé à ce rallye. Ils ont acheté peu de bijoux et de lingotins depuis six mois. Jamais, le monde n’a vécu une telle situation de déséquilibre économique. En 2011, quand l’or a franchi un record, l’environnement était très différent. La croissance mondiale, tirée par la Chine était forte. Il faut aussi raisonner en cycle. De 2000 à 2011, l’or est passé de 300 à plus de 1.900 dollars. Dans ce nouveau cycle qui a démarré en 2015, il ne s’est apprécié que de 80 %. 



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