Image default
Economie

sur leboncoin, les discothèques peinent à trouver des repreneurs


Des établissements, fermés depuis bientôt un an, sont proposés à la vente pour développer d’autres activités qu’une boîte de nuit.

«À ce jour, 413 discothèques sont en train de disparaître définitivement selon toute vraisemblance» sur les 1600 établissements en France, indiquait fin janvier le Syndicat national des discothèques et lieux de loisir (SNDLL) dans un communiqué. Une réalité qui s’observe sur leboncoin, où fleurissent des annonces de propriétaires de clubs qui se résignent à vendre leur établissement par manque de visibilité sur la reprise du secteur. Ils proposent l’achat des murs pour relancer une boîte de nuit, ou une autre activité.

Parmi ces annonces, on retrouve celle d’Eric Lalande, gérant et propriétaire de la discothèque Thamengo, située aux alentours d’Argentan, ville dans le département de l’Orne (61). Lorsqu’il a repris l’exploitation de la boîte de nuit en 2019, Eric Lalande a effectué 70.000 euros de travaux, dans l’optique de revendre l’établissement au bout de 3 à 4 ans. La crise sanitaire a précipité sa décision: «Je vends car je ne pense pas pouvoir retravailler avant 2022, lorsque tout le monde sera vacciné», anticipe-t-il.

Récemment, Gérard*, propriétaire d’une discothèque à Argenton-sur-Creuse, dans le département de l’Indre (36), a également décidé de mettre en vente son établissement pour 150.000 euros, par manque d’exploitant: «Cela faisait neuf ans que je louais le local, mais depuis le début de la crise sanitaire, personne n’a souhaité reprendre l’activité», raconte-t-il. Par manque de visibilité sur la réouverture des boîtes de nuit, il lui semble donc plus judicieux de vendre «à petit prix, pour gagner un peu d’argent», selon lui.

Annonce de l’établissement de Gérard* sur leboncoin Capture d’écran

«Ça ne se bouscule pas au portillon»

Seulement, l’incertitude qui plane au-dessus de la reprise du secteur rebute les potentiels acquéreurs. C’est ce que remarque Didier*, propriétaire des murs et exploitant de la discothèque l’Équinoxe, à Vouziers, dans les Ardennes (08). Ce dernier avait repris le fonds de commerce en janvier 2019 après que les précédents exploitants eurent fait faillite, et s’était donné deux ans pour vendre son établissement. En décembre 2019, ce propriétaire avait publié son annonce sur leboncoin, puis l’avait supprimée au début de la crise sanitaire. «J’ai décidé de republier l’annonce il y a un mois car les vaccins sont arrivés, ça donne l’espoir qu’on parviendra à maîtriser le virus d’ici l’été», raconte-t-il au Figaro. Mais derrière cette pointe d’optimisme, il reconnaît que le manque de visibilité sur la date de réouverture des discothèques freine la vente: «L’annonce est toujours visible, mais franchement ça ne se bouscule pas au portillon».

Raison pour laquelle beaucoup de propriétaires proposent les murs, mais suggèrent de reconvertir l’établissement à d’autres fins qu’une boîte de nuit. «L’acquéreur pourra utiliser les lieux pour en faire à nouveau une discothèque, mais le local est également approprié à d’autres activités», précise Gérard, propriétaire de l’Indre. L’annonce d’Eric Lalande ne comporte même pas le terme «discothèque», mais seulement «Local commercial/artisanal/industriel – Bâtiment – Entrepôt – Murs». Dans la description, il propose d’en faire un garage, une galerie d’art ou encore une brocante. «Pour l’instant, j’ai eu deux ou trois touches, mais jamais pour lancer une discothèque», affirme le propriétaire du Thamengo.

Annonce de l’établissement d’Eric Lalande sur leboncoin Capture d’écran

Autre difficulté: les banques, très peu enclines à accorder des prêts à ceux qui souhaiteraient investir dans une discothèque. «Pour cette activité, aucun organisme bancaire ne prête d’argent», assure Didier. C’est la raison pour laquelle il préconise à un potentiel intéressé «d’avoir déjà les fonds». Et pour attirer ceux qui souhaiteraient acheter l’établissement pour une autre activité qu’une boîte de nuit, il indique «donner le fonds de commerce, qui est tombé à 0 cette année». «Ainsi, l’acheteur n’aura qu’à ‘payer les murs’, il pourra espérer trouver un financement plus facilement», explique le propriétaire de l’Équinoxe.

Les aides de l’État limitent l’urgence de vendre

Didier et Eric Lalande expliquent que la vente n’est pas définitive: si les discothèques venaient à rouvrir demain, ils annuleraient la vente de leurs établissements respectifs. «Si je peux rouvrir et ne pas vendre, je le ferai. Mais si c’est le cas, je veux retrouver le monde de la nuit tel qu’on l’a quitté, avec les mêmes capacités d’accueil et la même ambiance qu’avant cette crise sanitaire», insiste Didier. Les deux gérants reconnaissent que, pour l’heure, ils perçoivent les aides de l’État, ce qui rend la vente moins urgente que pour ceux qui ne touchent rien.

Actuellement les discothèques bénéficient soit des 10.000 euros par mois du Fonds de solidarité, soit d’un versement équivalent à 20% de leur chiffre d’affaires de 2019, peu importe leur taille, ce qui permet de couvrir les charges fixes des établissements. Le secteur est également concerné par la prise en charge à 100% du chômage partiel par l’État.

Ces aides sont bien accueillies par le secteur, même si ces 11 mois sans travail et revenus pèsent sur leur moral, et qu’il reste «des trous dans la raquette», explique Christian Jouny, négociateur du SNDLL auprès du gouvernement. «Les personnes qui ont lancé leur activité fin 2019 ou début 2020 n’ont pas eu le temps de générer un chiffre d’affaires, ils ne peuvent donc pas prétendre à ces indemnités.» Beaucoup de dossiers d’exploitants n’ont pas encore été traités: «J’ai encore des coups de fil de gérants qui n’ont rien reçu depuis le début, et qui n’ont plus de trésorerie», détaille Christian Jouny.

*Les prénoms ont été modifiés.



Source link

Autres articles

chez les coiffeurs, les délais d’attente explosent

administrateur

des gants made in France qui s’auto-désinfectent à la lumière

administrateur

l’investissement chute de près de 20% dans le monde

administrateur

Le monde de la culture descend dans la rue

administrateur

ce qu’il faut retenir des annonces de Macron sur l’automobile

administrateur

un congé pour garde d’enfant à l’étude en cas de fermeture de classe ou d’école

administrateur