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Finance

Trop marketing, le label «relance» risque de rater sa cible



Publié le 9 févr. 2021 à 10:15

Dans son arsenal de mesures anti-crise, le gouvernement a dégainé à l’automne le label « relance ». Son principe : orienter une partie de l’immense masse d’épargne accumulée depuis le début de la crise sanitaire vers le financement de long terme des entreprises françaises. Les fonds labellisés Relance s’engagent à investir au moins 30 % de leur actif dans le bilan d’entreprises tricolores cotées ou non cotées, dont au moins 10 % de PME et ETI. « Le label relance comptabilise déjà 133 fonds pour 12,5 milliards d’euros d’encours, montant qui sera porté à plus de 22 milliards d’euros si l’on intègre les cibles de collecte pour ces véhicules d’investissement », annonce Pierre Chabrol, chef du bureau Epargne et Marchés financiers au Trésor.

Pour autant, l’intérêt de cette étiquette pour les investisseurs reste à démontrer. « Il faut clarifier la promesse faite au client. Un label atteste que le produit correspond à l’objectif. Or pour le moment, ces fonds n’ont de relance que le nom, pointe Anne-Catherine Husson-Traore, présidente de Novethic, la filiale de finance durable de la Caisse des Dépôts. Il y a eu une certaine précipitation. Le label Relance repose sur l’autodéclaration, alors que le ministère de l’Economie a mis en place un cahier des charges très strict sur le label ISR [investissement socialement responsable, NDLR]. »

Garantie limitée à certains investissements

Dans les faits, les sociétés de gestion s’auto-attribuent le label Relance et Bercy a ensuite trois semaines pour s’y opposer si ses services le jugent nécessaire. Seule une dizaine de refus auraient été signifiés. En contrepartie de cette procédure accélérée et du risque pris par les investisseurs pour participer au redémarrage de l’économie, le label Relance est éligible à une garantie mise en place par Bpifrance et prévue dans la loi de finances 2021.

A partir de juillet, la Banque publique d’investissement pourra garantir jusqu’à un milliard d’euros de financements en fonds propres ou quasi-fonds propres accordés pour des fonds investis dans des PME et ETI non cotées, qu’ils disposent ou non du label Relance, mais ces derniers seront prioritaires précise Bercy. Les fonds cotés (60 % des labels pour le moment) et les fonds non cotés fiscaux (FIP, FCPI…) n’y auront pas accès. Pour les produits éligibles, la part de l’investissement garantie dépendra de l’âge de l’entreprise (70 % pour les entreprises de moins de trois ans, 50 % pour les autres) et le plafond d’indemnisation est fixé à 30 %. En contrepartie, les sociétés de gestion devront payer une commission à Bpifrance, qui récupérera aussi une partie de la plus-value éventuelle du fonds. Le mécanisme se révèle assez complexe, à l’instar de la garantie prévue pour les futurs prêts participatifs , destinés eux aussi à renforcer le bilan des entreprises françaises.

Critères ESG

Les sociétés de gestion n’ont pas attendu ce filet de protection pour lancer leurs nouveaux produits. « Les fonds de private equity vont contribuer à la relance comme auparavant, car ils finançaient déjà l’économie française, estime Laurent Bénard, directeur général de la société de gestion Capza . L’avantage du label Relance est qu’il encourage à plus de transparence sur la démarche ESG (environnementale, sociale et de gouvernance) ». Les fonds concernés doivent respecter un ensemble de critères ESG, incluant un reporting spécifique et l’interdiction de financer des activités liées au charbon. Un argument pour les banques privées, qui pourraient capitaliser sur le label pour vendre davantage de fonds non cotés aux particuliers aisés.



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