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Finance

Un marché du carbone renforcé et élargi



Publié le 14 juil. 2021 à 19:00

Plus grand et plus fort. Voilà ce que devra être le marché du carbone européen à l’avenir. Dans l’optique de réduire d’au moins 55 % les émissions de gaz à effet de serre de l’Union d’ici à 2030, la Commission européenne a présenté, ce mercredi, sa proposition de réforme du plus grand marché des « droits à polluer » au monde. Dans l’attente de ce texte annoncé de longue date, le prix de la tonne de CO2 a bondi de plus de 60 % depuis le début de l’année , dépassant les 58 euros au début du mois, avant de se replier un peu au-dessus de 50 euros.

La Commission propose d’abaisser ponctuellement le plafond des quotas d’émission dès l’entrée en vigueur du texte puis de 4,2 % par an, contre 2,2 % actuellement. La réserve de stabilité de marché, qui permet d’éliminer le surplus historique de quotas et qui avait permis de faire remonter les prix depuis 2019, va également être renforcée pour éviter de nouveaux chocs.

Fin des quotas gratuits pour l’aviation

Pour ce qui est de l’aviation , les vols intra-européens, qui ont intégré le marché en 2012, resteront couverts par le marché du carbone actuel, mais les compagnies verront leurs quotas gratuits progressivement supprimés d’ici à 2027. C’est une des surprises du texte et cela risque de représenter un coût pour les compagnies aériennes qui recevaient jusqu’à 80 % de leurs quotas gratuitement. Les vols internationaux seront, de leur côté, principalement couverts par le dispositif CORSIA mis en place par l’ONU. Une proposition jugée « contre-productive » par l’Association internationale du transport aérien IATA.

La réforme prévoit également une extension du marché actuel au secteur maritime. Celle-ci était très attendue car les émissions du secteur ne sont pour l’instant couvertes par aucune réglementation. « Le transport maritime est aujourd’hui le passager clandestin de la lutte contre le dérèglement climatique », résume Pascal Canfin, président (Renew, libéraux) de la commission Environnement du Parlement européen. Cette extension concernera les très gros navires et sera mise en place progressivement jusqu’en 2026. Leurs émissions seront couvertes à 100 % lorsqu’ils voyagent entre deux pays européens ou qu’ils sont à quai et à 50 % lorsqu’ils arrivent ou partent d’un port européen vers le reste du monde. Au prix actuel du carbone, les compagnies seront tout au plus incitées à ralentir la vitesse de leurs bateaux à court terme. Mais les revenus du carbone qui seront générés pourraient permettre d’accélérer la décarbonation du secteur à moyen terme.

Un nouveau marché explosif

Beaucoup plus explosif, le texte présenté par la Commission prévoit également la création, à partir de 2026, d’un nouveau marché du carbone pour le transport routier et le chauffage des bâtiments, dont les émissions de CO2 continuent d’augmenter. Ce nouveau marché s’appliquera aux fournisseurs de carburant pour le transport routier et aux fournisseurs de fioul pour le chauffage des bâtiments. Les entreprises concernées ne bénéficieraient d’aucun quota gratuit mais un mécanisme serait mis en place pour éviter les pics de prix. « Avec ce marché, nous allons encourager une vague de rénovations dans le bâtiment », explique un haut fonctionnaire européen. Une proposition encouragée par l’Allemagne mais qui suscite de fortes réserves en France et un tir de barrage de la plupart des Etats membres et des ONG environnementales.

Avec un prix de la tonne de carbone qui pourrait facilement dépasser les 200 euros, ceux-ci craignent une répercussion sur les factures de chauffage et d’essence, qui frapperait de plein fouet les ménages les plus modestes. « J’y suis totalement opposé », déclare Pascal Canfin, qui pointe « un gain climat très faible » pour un « coût politique très élevé ». Tout le monde garde en tête l’épisode des Gilets jaunes et le spectre d’un mouvement similaire à l’échelle européenne inquiète.

Peu de réaction sur le marché

Pour atténuer un peu le choc, la Commission a prévu la mise en place d’un fonds climat social en partie financé par les revenus de ce nouveau marché et qui pourrait s’élever, avec la contribution des Etats membres, à près de 145 milliards d’euros. Inefficace, selon les ONG, qui soulignent que la volatilité des prix sur un marché du carbone rendrait l’impact sur les ménages difficile à anticiper et donc à compenser. Vu l’opposition qu’il suscite, ce nouveau marché à, pour le moment, peu de chances de passer l’étape du Parlement européen.

Ces annonces n’ont pas fini de susciter le débat, mais elles n’ont provoqué quasiment aucune réaction sur le marché. « Le prix du carbone devrait rester entre 50 et 60 euros jusqu’à la fin de l’année, estime Sebastian Rilling, analyste chez ICIS, mais cela dépendra également du marché du gaz ». Au vu de ces annonces, ICIS prévoit un prix du carbone à 90 euros en 2030.



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