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Economie

Un plan de relance européen suspendu à l’accord des Vingt-Sept


Correspondante à Bruxelles

Beaucoup ont reproché à Ursula von der Leyen de ne pas avoir pris la mesure de la pandémie de Covid-19, ce virus qu’elle juge «si petit qu’on ne pouvait pas le voir». Mercredi, la présidente de la Commission européenne a tenté de faire oublier ses erreurs de début de crise et la piètre image renvoyée par l’ensemble de l’Union au cours des derniers mois, en mettant sur la table un énorme paquet d’argent pour les pays, les régions, les secteurs et les entreprises du bloc, alors que la production européenne pourrait reculer de 7,4 % en 2020 et ne rebondir que de 6,1 % en 2021.

Le plan européen de relance proposé, appelé «Next Generation EU», s’élève à 750 milliards d’euros, soit 5 % du PIB de l’UE. Son objectif: aider les économies du bloc à repartir et réduire les écarts que la crise a creusés entre les États membres, menaçant par ricochet la zone euro et le marché intérieur. Le tout sans sacrifier les priorités de l’UE que sont le «pacte vert» et la transition numérique. Comme le souhaitaient Paris et Berlin, la riposte imaginée par la Commission fait la part belle aux subventions vers les États membres, qui représentent les deux tiers de cette manne, soit 500 milliards. La proposition franco-allemande présentée il y a dix jours a bien donné le «la». Ce que n’a pas manqué de souligner Emmanuel Macron.

«L’accord franco-allemand a permis cette avancée», a tweeté le président, parlant d’«un jour essentiel pour l’Europe» et vantant «un plan de relance inédit». Grâce à cet emprunt de la Commission et aux subventions qu’il rendrait possibles, l’Italie pourrait récupérer 172 milliards d’euros et l’Espagne 140 milliards contre 39 milliards pour la France alors que certaines sources tablaient sur… 85 milliards. Ces montants ne sont toutefois pas stabilisés. «Signal fort de Bruxelles. Ce plan va exactement dans le sens qui avait été proposé par l’Italie», a réagi le président du Conseil italien, Giuseppe Conte.

Riposte historique

S’ajoutent à ces subventions, ou dépenses budgétaires, 250 milliards d’euros de prêts qui pourront être consentis aux États membres. Tous ces fonds transiteraient par le budget européen pour la période 2021-2027. Et nécessiteraient donc le feu vert de Strasbourg. Au total, le budget proposé par l’exécutif européen atteint le montant record de 1 850 milliards, plan de relance compris. Une proposition à la fois «ambitieuse, réaliste et plausible» selon l’ex-ministre allemande de la Défense. «C’est le moment de l’Europe», a-t-elle déclaré aux eurodéputés, auxquels elle avait réservé la primeur de ses annonces.

La dette commune n’est pas un totem. C’est un acte de confiance immense dans l’avenir du projet européen, c’est s’engager à être ensemble pendant plusieurs décennies

La riposte imaginée par la présidente de la Commission est bel et bien historique. Si elle est acceptée, l’Union lèvera pour la première fois une dette commune sans précédent, conduisant à cette intégration plus forte qu’appelle de ses vœux Emmanuel Macron. «La dette commune n’est pas un totem. C’est un acte de confiance immense dans l’avenir du projet européen, c’est s’engager à être ensemble pendant plusieurs décennies», explique-t-on à l’Élysée.

L’unanimité requise

Encore faudrait-il que les Vingt-Sept se mettent d’accord puisqu’il faut l’unanimité. Or, elle est loin d’être acquise. Du reste, Paris et Berlin ont pris là un risque majeur puisque au travers de ce plan et des suites qu’il aura, c’est aussi la puissance du moteur franco-allemand qui sera jaugée. Alors qu’Emmanuel Macron a appelé mercredi les États membres à aller «vite», Angela Merkel a admis que la tâche ne serait pas simple. «Il est clair que les négociations, qui sont difficiles, ne seront pas conclues lors du prochain Conseil de l’UE» du 18 et 19 juin, a estimé la chancelière allemande, ajoutant que «l’objectif devait être de trouver suffisamment de temps à l’automne pour que les Parlements nationaux et le Parlement européen puissent discuter».

Les capitales ont commencé mercredi à prendre connaissance de ce plan de relance et du budget. Et il leur faudra plusieurs jours pour le digérer et comprendre le sort qui est réservé à chacun. Mais, alors que Paris affirme qu’il n’est pas question de remettre en cause les 500 milliards de subventions, plusieurs États membres ont d’ores et déjà manifesté une forme de retrait vis-à-vis des propositions de la Commission. Parmi eux, les pays dits «frugaux» (les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark) qui sont opposés au principe des subventions mais veillent à observer des positions mesurées. Les leaders de ces quatre pays se sont d’ailleurs coordonnés mercredi après-midi au cours d’une réunion commune.

Pour le chancelier autrichien Sebastian Kurz, le plan imaginé par la Commission est «une base de négociations» où «la part entre prêts et subventions» doit être discutée. «Au nom de notre responsabilité vis-à-vis de nos contribuables, nous nous positionnons clairement en faveur de prêts», a-t-il réaffirmé. Les Pays-Bas ont fait aussi profil bas tout en restant fermes sur le fond. «Nos positions sont très éloignées et il s’agit d’un dossier d’unanimité ; les négociations prendront donc du temps. Il est difficile d’imaginer que cette proposition sera l’état final de ces négociations», indique un diplomate néerlandais. Pas de réaction en revanche du premier ministre Mark Rutte alors que l’image des Pays-Bas s’est beaucoup dégradée ces derniers mois autour de ces questions de solidarité. Peu de réactions à l’est du bloc alors que von der Leyen a augmenté le niveau des fonds de cohésion. La Pologne s’est réjouie de bénéficier de plus moyens pour conduire la transition verte. Ces États membres y regarderont à deux fois. «Il est évident que si les pays du Sud exigent autant d’argent que possible, les pays de Visegrad veillent pour leur part à ce que l’argent bénéficie également à l’Europe de l’Est», a indiqué Kurz.



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