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Economie

un premier service plein d’émotion pour les employés porteurs de handicap du restaurant La Belle Étincelle


REPORTAGE – Après un report dû à la crise sanitaire, l’inauguration a eu lieu ce mercredi à Paris, en présence de Sophie Cluzel, secrétaire d’État chargée des personnes handicapées.

À l’angle du boulevard Pasteur et de la rue Falguière, au beau milieu du 15ème arrondissement parisien, le restaurant La Belle Étincelle attend ses premiers clients. Parmi ses treize salariés, huit sont porteurs d’un handicap mental et trépignent d’impatience. Quelques semaines après une première ouverture en septembre, le restaurant avait en effet dû fermer ses portes pour presque huit mois, comme tous les autres. Ce mercredi, l’heure est à l’inauguration solennelle, en présence de Sophie Cluzel, secrétaire d’État en charge du handicap.

Antoine, employé en cuisine, répète plusieurs fois avec émotion: «je suis content, je suis content, que les gens viennent, et de travailler». Travailler en cuisine était son rêve d’enfant, il décroche à La Belle Étincelle son premier emploi. Sophie Cluzel partage sa joie et redit «la volonté du gouvernement d’ouvrir le milieu ordinaire à toutes les personnes».

Au menu de cette ouverture, des plats français et revisités, tels que le velouté froid de courgette et féta, ou le cabillaud croûte parmesan basilic, faits maison à base de produits locaux et de saison. Dans un joli décor bordeaux, l’ambiance est conviviale et chaleureuse, portée par les sourires de serveurs hors du commun. « Il y a dans ce lieu une simplicité qui rayonne et rend heureux », raconte Pia Olders, bénévole au sein de l’association Tremplin extraordinaire à l’origine du projet. Les prix oscillent autour de 30 euros, « une cuisine de qualité » donc, explique Arnaud de Larturière, lui aussi bénévole.

Un recrutement classique

Les employés âgés de 18 à 31 ans, qui souffrent de déficiences cognitives, de troubles du spectre de l’autisme ou de trisomie 21, sont formés au travail en salle ou en cuisine. Ils ont dû passer des entretiens d’embauche et ont une période d’essai à effectuer avant de valider leur CDI, comme n’importe quel employé. « On a une forme d’exigence envers le métier », explique Arnaud de Larturière, «on veut permettre à nos équipiers de monter en compétence ». Ces personnes souffrant de handicaps divers sont regroupées pour former une équipe dont Pia Olders souligne la force : « ils intègrent un projet collectif, ne sont pas là pour faire carrière, c’est un peu le monde à l’endroit ». «Ne pas être la seule personne porteuse d’un handicap au sein d’une équipe, cela change tout pour ces personnes, qui sont beaucoup plus à l’aise», explique également Sophie Cluzel.

Être intégré dans une équipe avec d’autres personnes handicapées est bénéfique pour ces personnes souvent isolées dans le milieu professionnel. Le Figaro – Anne-Françoise de Taillandier

Quelques aménagements

Embaucher des personnes handicapées au sein d’un restaurant classique nécessite quelques aménagements qui restent cependant discrets : pas de gaz dans la cuisine, une vaisselle incassable avec des codes couleurs, des plateaux de table qui absorbent le bruit. « Le plus important est de bien accompagner chaque salarié », explique Arnaud de Larturière. Les psychologues et éducateurs de l’association Acces, spécialisée dans l’insertion professionnelle de personnes handicapées en milieu ordinaire, sont donc présents aux côtés des employés dans le restaurant deux fois par semaine. Ils apportent un regard extérieur, s’assurent que les tâches sont bien comprises, que le rythme est adapté, sont un relais auprès des encadrants, et des familles.

Des bénéfices partagés

«Travailler avec une personne handicapée oblige à entrer en relation d’une façon différente, il n’y a pas de filtre, c’est d’une grande richesse humaine», explique Stéphanie Roland-Gosselin, coordinatrice de l’association Acces. Tony, chef de cuisine, qui encadre quatre personnes porteuses de handicap, est enthousiaste: « cela demande de la patience dans les explications, mais c’est que du bonheur». Pour les personnes handicapées également les résultats positifs sont évidents: «le milieu ordinaire de travail ne veut pas dire que le handicap disparaît, mais l’évolution est réelle», assure Karine Déchelette, psychologue en charge de l’association.

«Désinstitutionaliser» le handicap

Intégrer les personnes handicapées aux milieux ordinaires, que ce soit dans l’éducation, le travail, ou le logement, en créant des environnements inclusifs fait partie des priorités du gouvernement mises en avant par Sophie Cluzel. Elle rappelle le prolongement jusqu’au 31 décembre de l’aide à l’embauche de 4000 euros pour le recrutement de personnes handicapées. Cette aide est versée aux entreprises ou associations qui embauchent un salarié handicapé, en CDI ou CDD d’au moins 3 mois, et rémunéré jusqu’à deux fois le SMIC. Elle a permis le recrutement de 11.611 personnes depuis le début de l’année, dont 66% en CDI, en dépit de la crise sanitaire.

Un projet fédérateur

La Belle Étincelle a pu en bénéficier, ainsi que du soutien de la Fondation Bettencourt Schueller pour sa réouverture. «En janvier, on réfléchissait à revendre car ce n’était pas tenable financièrement», explique Olivier Olders, vice-président de l’association Tremplin Extraordinaire. Le restaurant rouvre finalement quelques mois plus tard, dans le but d’être viable économiquement. Armand de Boissière, secrétaire général de la Fondation, s’enthousiasme: «ici, on travaille avec l’intelligence du cœur».



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