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Finance

Wirecard : comment l’Allemagne a tiré sur le FT, porteur de mauvaises nouvelles



Wirecard était la coqueluche du DAX, le poids lourd des systèmes de paiement en Europe, le symbole de la tech allemande. Voilà pourquoi sans doute ni les analystes financiers, ni les actionnaires du groupe, ni le gendarme des marchés allemand n’ont voulu croire que le gourou des fintechs était au coeur d’un scandale comptable inédit.

Le FT révèle l’affaire début 2019

C’est le FT qui révèle l’affaire, fin janvier 2019. Le quotidien rapporte alors des soupçons de fraude impliquant un dirigeant de la société munichoise. Le responsable des paiements en Asie-Pacifique aurait falsifié des documents dans le cadre de plusieurs transactions en violation potentielle avec les lois de Singapour. 

Les soupçons qui pèsent sur le groupe sont lourds : falsification de documents ou de comptes, fraude, corruption et blanchiment d’argent. Le FT publie trois articles successifs. A chaque fois, le titre plonge en Bourse. Entre le 30 janvier et le 15 février, l’action perd 40 %. 

Messagers porteurs de mauvaises nouvelles

Personne n’aime les messagers porteurs de mauvaises nouvelles. Le journal est accusé de publier des articles faux, inexacts, trompeurs et diffamatoires. Plus grave, mi-avril, la BaFin, le gendarme allemand des marchés dépose une plainte auprès du parquet de Munich pour manipulation présumée de marché. Moins de dix personnes sont visées : parmi elles, deux journalistes du « Financial Times », soupçonnés d’avoir manipulé, avec des vendeurs à découvert, le cours de l’action Wirecard. 

La plainte de la BaFin rejoint celle déjà déposée par Wirecard au parquet de Munich. L’éventuelle véracité des faits rapportés par le Financial Times n’entre pas ici en ligne de compte : le parquet doit déterminer si les vendeurs à découvert ont été mis au courant par les journalistes de la future parution de l’article en question, leur permettant ainsi de prendre des positions. Le quotidien britannique a de son côté répété que les allégations de manipulation de marché ou de manquement à l’éthique journalistique étaient fausses et sans fondement, évoquant un « écran de fumée dissimulant les sérieuses allégations révélées par le ‘FT’ »

Il faudra un audit indépendant de KPMG en avril dernier, signalant avoir manqué de documents essentiels pour déterminer si des transactions comptabilisées correspondaient bien à des ventes réelles pour que le vent tourne. En juin, la justice engage des poursuites contre l’ensemble du directoire pour manipulation de cours -ce dernier avait tenté de présenter l’audit de KPMG sous un jour favorable. C’est finalement EY qui, ne pouvant certifier les comptes, va porter le coup de grâce, le 18 juin.

Tire à boulets rouges

La presse allemande, qui a accablé le FT pendant plus d’un an, tire désormais à boulets rouges contre la société et l’establishment. L’hebdomadaire d’affaire, la Wirtschaftswoche évoque un cas « unique dans l’histoire économique allemande récente. »

Jeudi 18 juin, le gérant d’actifs DWS a indiqué qu’il examinerait toute option sur le plan juridique. Les investisseurs pourraient bien faire désormais la chasse aux vrais coupables. 



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