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Finance

Wirecard : des banques prises au piège des obligations convertibles



L’annonce avait été faite en grande pompe, au mois d’avril 2019. SoftBank, l’un des plus gros investisseurs mondiaux du secteur technologique, avait conclu un partenariat stratégique avec Wirecard. Et celui-ci s’accompagnait d’un investissement de 900 millions d’euros. Une bouffée d’air pour le spécialiste allemand des paiements alors que, quelques semaines auparavant, des articles du « Financial Times » sur de possibles irrégularités comptables avaient fait vaciller le cours de son action.

Cet argent a bien été versé, mais dans les faits, le groupe financier japonais n’a pas sorti un euro de sa poche. Et les obligations convertibles qui servaient de support à cette spectaculaire mise de fonds ont été immédiatement replacées auprès de hedge funds et de banques. Dont des fonds communs de placement gérés par BNP Paribas et Crédit Mutuel, d’après des informations du « Wall Street Journal ». Ce sont donc ces investisseurs qui ont vu la valeur de leurs titres fondre – ils ne valent plus que 13 % de leur prix initial -, depuis que le scandale a éclaté. Le dépôt de bilan de Wirecard , ce jeudi, devrait augmenter leurs pertes.

Conditions avantageuses

A l’origine, c’est un fonds géré par SoftBank Investment Advisers (SBIA) – en charge également de la gestion du fonds Vision Fund qui a connu récemment des expériences malheureuses – qui s’est chargé de l’investissement. L’argent a été apporté par SoftBank, certains de ses dirigeants à titre personnel, et par Mubadala, le fonds souverain d’Abu Dhabi.

L’instrument utilisé, une forme d’obligations convertibles, leur permettait d’être remboursés en action Wirecard, si le cours de la société dépassait 130 euros. A l’époque de l’annonce de l’opération, l’action était à un prix très proche de ce seuil, autour 123 euros ce qui avait surpris les spécialistes. En temps normal, les obligations convertibles affichent une prime de conversion plus élevée, qui constitue un pari pour l’investisseur.

Transfert de risque

Surtout, la structuration de l’opération a retiré tout risque pour les investisseurs initiaux. Le montage élaboré par Credit Suisse repose sur une revente immédiate des titres à une structure qui leur a permis de préfinancer leur achat. Celle-ci a, à son tour, émis des obligations qui ont été placées auprès d’autres investisseurs, à des conditions moins favorables, croit savoir le « Financial Times ».

De plus, entre le moment où l’opération a été signée et sa réalisation, il s’est passé cinq mois, au cours desquels le prix des actions Wirecard a monté et les taux ont baissé, faisant gonfler la valeur des obligations convertibles. Les investisseurs ont donc empoché une soixantaine de millions d’euros de bénéfice immédiat. Rien d’illégal a priori dans ce montage. Mais la pilule est amère pour les porteurs finaux des obligations convertibles. Contactées par « Les Echos », Credit Suisse, BNP Paribas et Crédit Mutuel n’ont pas souhaité apporter de commentaires.

Créancières, actionnaires, les banques françaises exposées

Les banques françaises sont exposées, dans une certaine mesure, à la déroute de Wirecard. Société Générale fait ainsi partie de ses actionnaires, mais seulement à 0,28 % du capital. « Cette détention sur le titre est principalement liée à l’émission de produits de Bourse commercialisés auprès de nos clients ainsi qu’à nos activités de tenue de marché sur dérivés actions. Ce n’est en rien représentatif des risques portés par Société Générale sur le titre, qui sont non significatifs », commente la banque.

Elle figure pourtant sur la page des relations investisseurs de Wirecard, avec 6,37 % des droits de vote. Ce chiffre s’expliquerait par des positions potentielles que générerait l’exercice de certaines positions de produits dérivés. L’exposition de Société Générale au marché allemand a augmenté avec le récent rachat des activités de marchés de Commerzbank.

Crédit Agricole pourrait souffrir de la situation en tant que prêteur, cette fois. Selon l’Agefi, le groupe (via CACIB) fait partie d’un pool de quinze banques ayant accordé à Wirecard un crédit renouvelable de 1,75 milliard d’euros et tiré à 90 %.



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